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Les théâtres, les artistes, les intellectuels français
tournent rarement leurs regards vers le sud. Le cul coincé
entre deux chaises , leur complexe de la philosophie allemande et
leur mépris culpabilisant du modèle social méditerranéen,
ils se rangent, à contre coeur , aux côtés des
puissances du Nord, de peur qu'on ne les assimile aux inconstants
méridionaux. Au passage, ils abandonnent leur langue, leur
modèle social, leur philosophie, leur racines, leur art de
vivre et leur grandeur d'Art, Homère, Platon, Aristote, Phidias
et Praxitèle, Hérodote et les Pharaons, le phare d'Alexandrie,
les jardins suspendus de Babylone, Averroès et Avicenne,
Dante et Leonardo, Goya, Fellini, Marcello, Naples, Venise, Barcelone,
Tanger et Constantinople...
En partant du constat de ce déficit, dans les théâtres
de France, nous avons décider de remettre les sabliers à
l'heure d'été et de mettre résolument cap au
sud. Le sud, oui, le sud, et les humanités doivent être
remis au programme de nos théâtres.
Méditerranée, Mare Nostrum, Mer Intérieure,
là, s'est écrite la plus incroyable des aventures
humaines. Il nous faut dresser le catalogue de tout ce que cette
mer entourée de montagnes et bordée de déserts,
à rejeté sur le rivage.
Que ferons-nous figurer dans nos mappemondes, nos dictionnaires,
nos livres et nos précis d'histoire ? Ovide et Séféris,
Cervantès et Pirandello ? Par où commencer pour dire
par le théâtre, le cinéma, la musique, la danse
et tout ce que l'homme invente, ce qu'a été ce monde,
ce qu'il est aujourd'hui, ce qu'il sera demain.
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Nous sommes allés en Italie, en Serbie, en Grèce,
en Albanie, en Macédoine, en Roumanie, en Turquie en Arménie,
en Israël, en Palestine, au Liban, en Iran, en Irak, en Afghanistan,
au Zimbabwe, en Ethiopie, en Afrique du Sud, en Algérie,
en Kabylie, au Maroc, en Espagne, en Catalogne, au Portugal...en
France.
Notre relation au Sud, elle est très cruellement dans
le beau texte de David Lescot interprété par
Agoumi et Anne Alvaro, "Mariage"
(Anne Torres 2003) la très triste histoire d'un mariage
blanc.
Notre "Voyage en Italie",
nous l'avons commencé sur les traces de Dante et de
Primo Levi (Od Ombra Od Omo
mise en scène Lukas Hemleb 2002) puis avec Giacomo leopardi
(La Terrasse... Patrick Sommier 2004)...
Nous avons ensuite franchi l'Adriatique à Ancona
ou Lecce...
... Et, sur les pas de François Maspero, nous avons débarqué
dans le port albanais de Durres et nous avons passé
avec lui toutes les frontières de la Grande Péninsule
(Balkans Transit, mise en scène
Anne Dimitriadis 2003) , des Balkans que nous avons mis en musique
dans Orient Express en 2003 (40 musiciens
Turcs, Arméniens Grecs, Hongrois, Yougoslaves ont interprété
ensemble la même partition ).
"L'Orient de l'Occident"
c'était en 2004, un programme conçu par Ami Flammer
dédiés à ceux qui, comme Francisco Salavdor
Daniel, directeur du Conservatoire de Musique de Paris fusillé
à la fin de La Commune, firent découvrir aux Français
la musique savante de "l'Orient" : (c'était l'Algérie),
oeuvres de Kudsi Ergüner, de Chostakovich sur des textes d'Eward
Saïd, de Mahmoud Darwich, d'Aaron Appelfeld, d'Ernest Renan,
Flaubert et Lamartine...
Le "Rebetiko", c'est le
blues des ports de la Grèce au début du XXème
siècle, après la "Grande Catastrophe",
l'expulsion de millions de Grecs de Turquie (Orchestres de
Pagnagiotis Berberiou et de Grigoris Vassilas 2001). Ces
récits de la Catastrophe, nous les tenons d'Elly Papadimitriou
("d'une Grèce, l'autre"
mise en scène Anne Dimitriadis 2001), avec aussi des textes
de Dimitri Dimitriadis, Georges Seferis, Theo Angelopoulos. Plus
tard, la voix de Ghedalia Tazartès (2005).
C'est à la MC93 que s'est tenu le premier concert international
de Raï. Concert mythique qui réunissait en 1985, Khaled,
Mammi, Fadila, Saharaoui et Raïna Raï... En 2002, nous
avons célébré le Chaâbi,
poèmes d'amour, et chant profond de la Casbah d'Alger (Amar
El Achab, El Hachemi Guerouabi, Naïma, Nassima, Nasredine Chaouli,
Abdelkader Chaou, 2002). La Boqala (rites secrets des femmes d'Alger),
c'était aussi en 2002, mis en scène par Fellag. Et
avec Fellag, nous avons tout juste eu le temps d'attraper
le Dernier Chameau. (mise en scène
Patrick Sommier 2004)
Il fut un temps où la plus grande ville Kabyle du
monde se trouvait en Seine Saint-Denis. Alors après l'Année
de l'Algérie, nous avons fêté à la MC93
l'An Kabyle : concerts
(Idir, Akli D.Akli Yahieten et Cherifa, Kamel Igman, Farid Gaya,
Massa Bouchafa), films (Abane Ramdane, Arezki Harani), photos
(Alain Szczuczynski et Tahar Yami), littérature (Mouloud
Feraoun, Mouloud Mammeri, Fadhma Aït Mansour Amrouche, Mustapha
Benfodil, Driss Chraïbi, Kateb Yacine et Ibn Khaldùn)...
C'était en 2004.
Un peu plus tard , en Juin 2004, nous sommes passés de Kabylie
aux montagnes de l'Atlas avec un des plus beaux festivals de musique
marocaine jamais réalisés en France : Ahwach
de Telouate et de Taliouine, Aït Haddidou d'Imilchil, Maâlmates
de Meknès, Roudaniates de Tarourouadant et participation
(exceptionnelle en France) de Mohamed Rouicha....
La Péninsule Ibérique, avec le Fado d'Aldina Duarte
(ce sera en 2007) et les grands artistes du théâtre
Catalan, Calixto Bieito avec un "Opéra de Quat'sous"
formidable ("La Opera de Cuatro Cuartos"
2003) et Josep Galindo ("Hommage
à la Catalogne" de George Orwell en 2004). Récits
terribles de la Guerre d'Espagne aussi, ce texte de Max Aub, écrivain
franco-espagnol ami de Malraux, "Manuscrit
Corbeau" (mise en scène Nicolas Bigards 2003)...
L'Espagne c'était aussi les récits de Francis
Marmande (Curro Romero, Le Rocio) qui firent la trame de "La
Terrasse du Sous Sol" (Patrick Sommier 2004). Et pour
terminer cette "vuelta" en musique voici les "Bandas"
musique d'arènes, de bals, et de rues (Orchestre Mantois,
Chicuelo II, Gaïteros de Txingudi, Los Amarillos 2006).
Le Sud, ce fut aussi les "Ethiopiques"
(2001) avec les Azmaribets, ces musiciens des cabaret d'Addis
Abeba (Jimmy Mahmed, Taddéssé Andargué), les
joueurs de béguéna, les musiques spirituelles d'Alemu
Aga ...
La beauté, la dignité, la fraternité du Sud,
nous la sentîmes souffler très fort en 2003 sur la
grande salle de la MC93 au moment de la "Paix
en Toutes Lettres" avec des textes de Jabbar Yassin
Hussin (Irak), Salah Stétié (Liban) Sorour Kasmaï
(Iran), Mahmoud Darwich (Palestine), Arezki Mellal (Algérie),
David Grossman (Israël), Spöjmaï Zariâb (Afghanistan)
, K.Sello Duiker (Afrique du Sud), Chenjerai Hove (Zimbabwe), Leonardo
Padura (Cuba), Lidia Jorge (Portugal)...
Des textes dits par Simon Abkarian, Christine Murillo, Gérard
Desarthe, Coline Serreau, Alain Fromager, Nathalie Richard, Philippe
Morier Genoud, Muriel Amat, Arnaud Churin, Guesch Patti, Charles
Berling et Fellag.
Le Sud est encore déficitaire, on aimerait plus de théâtre,
mais il est présent. La musique est elle, omniprésente,
elle incarne le Sud. Autres sujets de satisfaction, les littératures,
la poésie, la photo, le film. Encore une chose : cette
quête du Sud n'est pas (uniquement et loin de là) un
hommage à la mosaïque des cultures (comme on dit)
dans lesquelles nous sommes immergés. C'est une quête
de connaissance.
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