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L'histoire, l'acteur,
le regard, l'invisible Ce qu'il y a de plus passionnant dans le
théâtre, c'est son mystère. Depuis des siècles,
nous tentons de percer son secret. Pour certains, c'est l'acteur,
et l'acteur seul qui en est la clé. Mais il ne sert à
rien de décliner pendant cinq mille ans la danse du bouc,
rien ne viendra, aucune « révélation »
de ce côté-là. La scène comme tribune,
comme documentaire, comme militantisme restera aussi obstinément
hermétique, nul théâtre à venir de ce
côté-là non plus.
Le théâtre
est fait de la chair des tragédies et des ferveurs, qui nous
traversent et que l'acteur transperce.
La photographie
nous aide à comprendre ce que peut être un festival.
Un festival, c'est une mise au point : « Nous sommes à
un tournant historique mondial et notre culture cherche la bonne
mise au point qui lui permettrait de comprendre la situation. Tous
ceux qui écrivent, qui créent, ont besoin d'un point
d'appui. La vie est devant toi. Il faut que tu trouves la bonne
mise au point ».*
Traverser la rue
pour prendre la photo dans l'ombre ou la lumière, traverser
la frontière pour être de l'autre côté
du fleuve, sur l'autre bord.
Nous avons eu l'idée
de chercher du côté des auteurs français dans
les théâtres hors de France, tout un répertoire
souvent inhabituel, Sartre ou 1968 vu par de jeunes berlinois. Quel
regard porte-t-on sur nous ?
Dans notre théâtre,
nous sanctifions tour à tour l'auteur ou l'acteur, mais le
regard, la façon, la méthode changent d'un pays à
l'autre. La relation à l'oeuvre est souvent plus libre, apaisée.
En Allemagne, Gotscheff, lorsqu'il explore un texte, cherche à
en restituer la modernité, ce que ce texte a à dire
aujourd'hui.
Au théâtre
tout est affaire de regard. Celui du spectateur sur l'acteur, le
regard de l'autre, le regard des autres. C'est peut-être pour
cela que l'invisible est si présent dans le théâtre
antique. Les Grecs lorsqu'ils dansent, sur la musique rébétique,
se défont de leur représentation, de leur apparence.
Dans cette danse de solitude, ils disparaissent, ils deviennent
invisibles.
Nous travaillons
encore au programme de l'édition 2008 du festival, nul doute
qu'elle sera exaltante, polémique et qu'elle nous apprendra
les règles de l'invisibilité.
Patrick Sommier
(juin 2007)
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