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Extraits du journal d'Arpád Schilling |
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Ecrit à Budapest et servant
de base à la création |
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Eloge de l'Escapologiste - Aventures
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Novembre 2007 |
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Avant le changement de régime, la place
du théâtre était évidente, soit il critiquait,
soit il divertissait. La résistance sur scène avait
forcément du succès, d’autant plus que sa cible était
un pouvoir facile à cerner. Il s’agissait de quelque
chose dont tout le monde était victime : le public et les
acteurs. Des jeunes gars incroyables, enthousiastes et talentueux
qui, au péril de leur sécurité, disaient la
vérité en face, mais entre les lignes. Même
combat, même aventure théâtrale. On avait moins
de mal à se confronter aux défis esthétiques,
car l’objectif était stimulant : il fallait à tout
prix blâmer le régime communiste. La forme ou sa transgression
ludique suffisait, elle constituait le code par elle-même.
L’art fonctionnait comme une aventure commune, tout le monde
devait le comprendre, personne ne pouvait y échapper, ni
les élites, ni les intellectuels de masse.
Aujourd’hui nous sommes l’ennemi. (…) |
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Aujourd’hui, il n’y a pas de politique culturelle.
La culture existe, car elle le veut bien, mais pour qui, pour quoi
? Ces questions n’ont jamais causé de nuits blanches à aucun
homme politique depuis 18 ans. Les seules obligatoires de leur
cahier des charges sont la réalisation sans trouble et
politiquement unilatérale des célébrations
nationales, l’inauguration de quelques établissements
représentatifs, donc obligatoirement sans goût,
ainsi que la décoration des vieux artistes, qui ont fini
par devenir célèbres. Voilà les tâches
de la politique culturelle, surtout en province ? L’homme
politique hongrois ne connaît rien à la culture,
puisqu’il est, son métier l’exige, sans culture.
(…) |
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La question la plus importante est de savoir quelle est l’influence
du théâtre, en tant qu’expression artistique,
sur la communauté, qu’il appelle son public. L’influence
est mesurable. Nous devons réfléchir de manière
directe et indirecte, à qui, pourquoi, et que vend-t’on
? Nous devons arriver à devenir indispensable à la
communauté, même si elle est limitée. (…) |
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L’essence de la technique d’improvisation recherchée
est de prendre la vie pour modèle, la refléter, faire
en sorte de « jeu de vie » métaphorique. En
l’espèce, le comédien ne se transcende pas
en caractère, car il n’a pas de rôle au sens
traditionnel du terme. Il n’y a pas de scénario écrit
et discuté à l’avance non plus. (…)
Le but est de faire advenir la poésie sur scène.
Comment intégrer la présence du spectateur dans le
processus de création ? |
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Mars 2008 |
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Mon cher Journal
Jour après jour le sentiment se renforce qu’il y a quelque
chose qui cloche. Ou bien je m’occupe trop de moi-même
ou, au contraire, pas assez. (…)
La compagnie Krétakör existe depuis douze années
et je constate que l’on ne communique pas avec le public, que
je ne le connais pas et réciproquement. Il y a des gens qui
viennent, même plusieurs fois, mais je ne sais pas pourquoi.
(…)
Cela ne me plaît pas, je ne me plais plus dans ce rôle.
Il faudrait passer à autre chose. (Fuir, se tailler, foutre
le camp !)
Le théâtre s’avère incapable de remplir
la fonction qui l’a fait naître. Il n’a pas de
force, parce qu’il n’informe pas, ne révolte pas,
n’enseigne pas, n’éduque pas, ne tend pas de miroir,
n’horrifie pas – il ne fait que de nourrir en nous la
conscience d’intellectuel cultivé.
J’attends un tremblement de terre, un déluge qui puisse
faire bouger la ville. Ou moi.
Il faudrait trouver autre chose, du nouveau. Du tout au tout. |
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Avril 2008 |
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Nous entrons dans un théâtre et nous y déambulons
jusqu’au moment où il éveille quelque chose
en nous. A quoi sert le théâtre ? pourquoi des
gens en observent-ils d’autres tous les soirs et à une
multitude d’endroits du monde ? et puis, à quoi sert
une maison de la Culture en banlieue ? et qu’est-ce
que son adresse 1 boulevard Lénine, peut bien évoquer ?
Mai 68… Il y a quarante ans. nous nous rappelons encore ? Que reste-t’il
dans les mémoires ? Pratiquement rien, en ce qui me concerne, puisque
je n’existais même pas en idée, encore moins comme conscience
d’intellectuel.
Nous sommes libres. Sommes-nous libres ? « Demandez l’impossible
! » Le demandez-vous ? Et puis, c’est quoi au juste, l’impossible ?
Est-ce l’existence qui détermine la conscience ou l’inverse ?
Chez nous, il n’y a pas de conscience, que de l’existence. Des seigneurs
nous indiquent le chemin. Un pays de moutons. Regardez-le sur la carte. (…)
Du théâtre, donc. Pour qui ? Pourquoi ?
Jusqu’en 89, le non suffisait, mais il faudrait désormais quelque
oui. Enfin, le capitalisme a trouvé un adversaire plus fort que lui :
la nature. Faisons l’effort d’apprendre le geste de renoncer ! Je
pourrais le faire, mais je ne le fais pas pour autant, il suffit de l’imaginer.
Jeu d’imagination, liberté intérieure, esprit qui fait bouger
la matière, former le réel sans le marteler au ciseau, à la
seule force de la pensée. Cela me suffit, pas besoin d’inventions
nouvelles, de voitures plus rapides, de machines à laver plus silencieuses,
de portables plus petits. C’est l’humain dont j’ai besoin,
de son essor sur terre, mais, en fait, il ne s’envole pas. il ne pollue
pas, il ne se précipite pas, il n’accumule plus de capitaux sous
ses fesses. (…)
Dans l’action, nous ne ferons usage de presque rien d’autre que de
notre corps, notre âme et notre raison. Notre réflexion concernera
ce qui vient en face de nous. L’anniversaire, l’époque et
l’expérience vécue sur place. De toute évidence, nos
origines hongroises comptent, mais il y aura des Français aussi avec nous.
Cela revient presque au même, d’où nous venons, une fois que
nous sommes des êtres humains. |
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Nous allons jouer dans tout le bâtiment,
qu’à cela ne tienne. Nous allons faire bouger le public,
nous l’invitons à interagir, comme dans les happenings
d’autrefois, mais n’ayez aucune crainte, nous ne le
maltraiterons pas. Nous avons peur aussi de la rencontre, mais
il faut bien faire quelque chose contre l’indifférence
dont nous sommes pétris.
Des installations en direct, pas de pantomime. Nos propres textes,
et, bien sûr, des citations aussi, c’est encore le postmoderne.
Nous faisons usage de tout ce qui bouge.
Quinze occasions et toutes différentes. Tel serait donc le
défi. Nous allons le relever.
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| à suivre.... |
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A suivre.... |
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