histoire des autres
presentation
     
  Arpád Schilling et sa troupe Krétakör de Budapest ont joué depuis 2001 une dizaine de spectacles à Bobigny. L’éloge de l’escapologiste est une nouvelle étape dans ce travail théâtral avec la MC93. Mais à la différence des « spectacles » d’hier, c’est plus une installation que la compagnie mettra en place avec de nombreux intervenants basés en Seine-Saint-Denis. Sur le thème : qu’est-ce que le théâtre aujourd’hui ? Pour quel public ? Quelles sont nos révolutions ? Doit-on détruire et reconstruire pour acquérir la Liberté ?…
Une exploration de l’état du monde en 2008, de l’état de la planète à l’état de nos têtes.
Aventures verticales dans toutes les salles et les coursives de la MC93 avec des rêves et des jeux pour sonder l’indestructible détermination des hommes à rester malheureux…
   
 
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  J'ai proposé à Arpád Schilling de partir du concept « nos victoires ». Pour parler de « nos défaites ». Il m'a répondu que lui, pensait plutôt à « révolution ». Celle de 1848 surtout, à l'engagement des romantiques comme le poète Sándor Petöfi. Nous avons passé des heures au Centrál Kávéház de Budapest, à boire du café précisément. Quel constat du monde, et partant de là, du théâtre ? Pourquoi l'échec des révolutions et quelle alternative ? De quel point devons-nous repartir pour recomposer le monde, qu'emportons-nous, qu'abandonnons-nous derrière nous ? Comment expliquer l'incroyable échec du progrès social tandis que se développent sciences et techniques. Progrès ! Comment expliquer ce monde bloqué, la crédulité planétaire dont bénéficie « le marché », le nouveau « veau d'or », l'ère de la cupidité. La guerre ? Est-elle possible dans une Europe vouée à une progressive tiers-mondisation quand le dernier boulot de la dernière boîte européenne sera délocalisé Il y a cent cinquante ans, on travaillait aussi quatorze heures par jour, les enfants à partir de six ans. Faut-il repartir de là ?

C'est ça le village global ? L'harmonie par « le marché » ? Alors on s'est dit qu'il fallait planter sa tente, en forêt ou dans un théâtre et tenter de retrouver le sens du monde. Planter sa tente dans le théâtre, au sens propre du terme, toute la troupe de Krétakör, et quelques autres comme elle a l'habitude de le faire chaque été au festival Müvészetek Völgye (vallée des arts) dans la région de Tapolca près du lac Balaton.
L'été dernier, Krétakör avait investi une base radar secrète de l'époque soviétique abandonnée par la Télécom Hongroise rachetée par les allemands. Tout était encore en place : un enchevêtrement d'armoires électriques, d'ordinateurs et de consoles de contrôle d'un autre temps, nets, astiqués, avec cette touche 100% soviets, plantes vertes abominables et rideaux de mousseline plissés. Près d'un cadran lumineux, un « scientifique »

somnole accoudé à un guéridon avec nature morte : téléphone de bakélite vert pomme, saucisson entamé, ouvrage de Lénine ouvert à la page 1924. C'était un voyage au centre de la terre, ou plutôt une machine à remonter un temps pourtant parfaitement immobile, l'aiguille de la machine pointé sur « échec et mat ». C'est peut-être ça l'idée : transformer en secret la MC93 en station radar pour sonder l'indestructible détermination des hommes à rester malheureux. La télé qui rit, la peur du noir, la révolution virale, le marketing jusque dans notre lit. Comment se sortir de ce traquenard ? Alors nous nous sommes souvenus d'un autre hongrois célèbre, Houdini, le génial escapologiste.

Patrick Sommier