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Macbeth / Gosch / Shakespeare

4 > 25 FEV 2007
grande salle oleg efremov, petite salle, salle de répétition

24 > 25 FEV 2007
samedi à 20h30, dimanche à 15h30
grande salle oleg efremov

Düsseldorfer Schauspielhaus

Texte William Shakespeare
Traduction allemande Angela Schanelec
Mise en scène Jürgen Gosch

Scénographie, Costumes Johannes Schütz
Lumières Franz David
Dramaturgie Rita Thiele
Assistants à la mise en scène Adam Nalepa, Julien Renard, Katrin Wiesemann
Assistante à la scènographie Katrin Gerheuser
Assistante aux costumes Sabine Thoss
Assistante à la dramaturgie Johanna Latz

avec Michael Abendroth, Thomas Dannemann, Jan-Peter Kampwirth, Horst Mendroch, Ernst Stötzner, Devid Striesow, Thomas Wittmann

Production
Düsseldorfer Schauspielhaus

Avec le soutien du Goethe Institut.

spectacle en allemand surtitré
Traduction et régie surtitres Jörn Cambreling
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Durée du spectacle 2h45
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MC93 Bogigny
1, bd Lénine
93000 Bobigny
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Macbeth rentre victorieux du champ de bataille, le sang de la guerre lui colle encore à la peau. Avant que le roi ne l'en récompense par de nouveaux titres, trois sorcières lui prédisent une future dignité royale : l'ambition de Macbeth s'en trouve attisée, et il s'avère bientôt qu'il est capable de meurtre pour réaliser sa volonté de pouvoir. Poussé par sa femme Lady Macbeth, il s'enfonce toujours plus dans la spirale de la violence, jusqu'à ce que les mystérieuses prophéties des sorcières finissent par se retourner contre lui... La tragédie de Shakespeare est une analyse lumineuse de ce cercle vicieux du Mal et de la soif du pouvoir, des masques qui dissimulent la peur et de la propension humaine à la violence. Jürgen Gosch, un des metteurs en scène allemands les plus en vue actuellement, met en scène l'histoire telle que l'écrivit Shakespeare : radicale et physique, hideuse et brutale, mais aussi brillante et comique. L'homme apparaît comme un être nu et sans défense, emporté par le tourbillon de ses pulsions : une mise en scène profondément dérangeante, qui dévoile avec précision la monstruosité de la pièce. La provocation ne réside cependant pas dans le fait de reconstruire avec réalisme la violence shakespearienne sur le plateau, mais dans la présence absolue, quasi animale des sept comédiens, tous masculins. Un théâtre d'acteurs fulgurant dans sa corporéité. Macbeth a été saluée comme l'une des dix meilleures mises en scène en Allemagne dans le cadre du Theatertreffen de Berlin 2006. La pièce a été présentée avec succès à Munich, aux Festwochen de Vienne, dans le cadre du Holland-Festival et à Prague.

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© Sonja Rothweiler

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© Sonja Rothweiler
 
On dit que le sang veut du sang ...
Macbeth de William Shakespeare, dans une mise en scène de Jürgen Gosch
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Jürgen Gosch, né en 1943 à Cottbus, suit la formation de l'école de théâtre Ernst Busch à Berlin (Est) de 1962 à 1964. En 1967, il fait ses débuts en tant que metteur en scène au théâtre de Potsdam. En 1978, sa mise en scène de Léonce et Lena de Georg Büchner à la Volksbühne de Berlin, qui critique le système est-allemand, est interdite. La même année, il quitte la R.D.A. pour travailler en Allemagne de l'Ouest, où il travaille par la suite au Théâtre National de Hanovre, aux théâtres de Brême et de Cologne. Entre autres travaux de mises en scène, on citera Les Bas Fonds de Gorki, Le Misanthrope de Molière,  Oedipe de Sophocle, récompensé par le Prix Européen du théâtre à la Biennale Théâtre de Venise en 1985. En 1989, il succède pour un an à Peter Stein et Luc Bondy à la tête de la Schaubühne am Lehniner Platz. De 1993 à 1999, il met en scène au Deutsches Theater dirigé par Thomas Langhoff, maison où il est de nouveau metteur en scène associé à partir de la saison 2006/2007.
Jürgen Gosch a reçu de nombreux prix pour ses spectacles, dont, en 2004 et 2006, le titre "metteur de scène de l'année" décerné par la revue Theater Heute à partir d'un sondage de la critique, ainsi qu'en 2006 le Prix de l'Association des critiques allemands. Ses mises en scène ont été régulièrement invitées au Theatertreffen de Berlin, le festival rassemblant les dix meilleurs spectacles allemands de chaque saison. Les Estivants de Gorki (2004) et Macbeth de Shakespeare (2006), deux productions du Schauspielhaus de Düsseldorf, s'y sont vues décerner le titre de "meilleur spectacle de l'année", les autres productions invitées étant Qui a peur de Virginia Woolf  en 2005 et  Les trois soeurs de Tchekhov en 2006. Gosch a été en outre été consacré par la revue Theater Heute meilleur metteur en scène de l'année 2004 pour Les Estivants.

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© Sonja Rothweiler
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"Le beau est affreux et l'affreux est beau" (Macbeth I,1)

La scène est un grand cube gris. Presque vide. Quelques chaises en plastique, des tables, une grande feuille de papier à l'arrière-plan, comme un drapeau. Sept hommes apparaissent, comme si de rien n'était, la lumière reste allumée dans la salle.
Puis un coup de tonnerre : soudain, les comédiens sont debout sur les tables, happés par le sabbat des sorcières, complètement nus. A peine passé le prologue que constitue cette apparition sauvage, l'un d'entre eux se verse de la teinture rouge sur la tête : le guerrier, ensanglanté, retrace sa dernière bataille, fait l'éloge de Macbeth, ce soldat assoiffé de sang, mais efficace.

"Voulaient-ils se baigner dans des blessures fumantes
Ou immortaliser un second Golgotha ?" (Macbeth I,2)

Dès lors, le faux sang se met à couler. Les hommes -car ceci reste une affaire d'hommes- glissent, se bousculent, se vautrent dans la peinture, l'eau, la farine, la mousse au chocolat. Tous les moyens sont simples et clairs, ils sont pur théâtre. Mais leur effet est radical. Avec ses comédiens et son scénographe, Jürgen Gosch s'est plongé dans la lecture du Macbeth de Shakespeare avec la minutie qui fonde sa réputation en tant que metteur en scène. La pièce est la plus impitoyable et la plus dérangeante de l'oeuvre de Shakespeare, et la mise en scène le révèle d'emblée avec violence : nous sommes dans un désert abandonné de Dieu, vide de sens, une Création déchue dès le départ. Sur la scène, c'est le chaos qui progresse dans un rythme effréné. On déchire le papier qui servait de toile de fond : Macbeth détruit le texte civilisateur, le pacte de société, qui, il y a un instant encore, mettait lomniprésence de la violence au service d'une domination légitimée. Mais Macbeth, tueur  professionnel dans une culture de la guerre, entre bientôt dans les rouages d'une violence pulsionnelle, et retombe ainsi dans un état de nature barbare. La violence, chez Shakespeare, est une part irréductible de l'humain. Elle fonde la radicalité de la pièce.

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"Imaginations ! C'est encore une image créée par votre frayeur... " (Macbeth III, 4)

"Parmi toutes les pièces de Shakespeare, Macbeth est celle qui constitue le plus nettement une "tragédie du sang", non seulement à cause des meurtres, mais également parce que l'imagination de Macbeth est en soi sanguinaire. Macbeth, l'usurpateur, évolue constamment dans une fantasmagorie du sang : le sang est le véritable objet de son imagination" écrit Harold Bloom, spécialiste de littérature. Il manque à Macbeth ce qui fait de Hamlet, Yago ou même Richard III des êtres de raison : il n'est pas en mesure de comprendre la tragédie elle-même. Pourtant, il est torturé par la conscience de faire le mal et de devoir sans cesse corriger son propre destin par le meurtre. L'horreur de son pouvoir d'imagination est attisée par les sorcières et Lady Macbeth, jusqu'à ce qu'il se noie lui-même dans ses fantasmes criminels et ses hallucinations. Mais rien ne vient arrêter la descente aux enfers. Macbeth est le drame de Shakespeare qui pousse au plus loin l'intériorisation, car il joue avec la terreur que l'on peut ressentir devant sa propre imagination, celle qui peut faire de nous des voleurs et des assassins. Il n'y a, dans Macbeth, aucune échappatoire, aucun "refuge dans le sacré" (Bloom), et, de ce fait, aucun espace pour l'esthétique sublimé.

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"Nous avons tronçonné, mais non tué le serpent." (Macbeth III,2)

Rien, dans cette mise en scène, ne nous réconforte, rien ne nous protège de l'oppression de la terreur, aucune psychologie, aucune sociologie : Jürgen Gosch met en scène une folie existentielle, devenue physique, inscrite dans ce qui fait l'humain, par delà la feuille de vigne de la civilisation. Lorsque Lady Macbeth, la poitrine velue, celle d'un homme, en jupe plissée et talons aiguilles, manipule son mari en lui suggérant de tuer le roi, elle le séduit telle le serpent. Le crime originel est joué de manière conséquente : il dévoile l'humain, le met à nu.
Les corps des sept comédiens, qui jouent tous les rôles, deviennent autant de champs de bataille des pulsions et des instincts. Ils se déshabillent et se rhabillent, par quelques éléments de costume et quelques objets seulement l'imagination est mise en branle, les rôles échangés, un château construit, une forêt plantée, un esprit invoqué. Il ne s'agit pas ici d'illusion, mais de la vraisemblance au théâtre. Les lumières de la salle demeurent allumées, les comédiens, comme toujours chez Gosch, restent présents : lorsqu'ils ne jouent pas, ils sont assis au premier rang et regardent le spectacle. Avec force et engagement, ils replongent sans retenue dans l'action, et nous font ressentir qui détient le pouvoir au théâtre : la totalité de leur investissement physique est un choc, alors même que nous croisons la nudité tous les jours, au cinéma, à la télévision, dans la publicité. Ici, leurs corps nous touchent, avec tout ce qui les constitue, les humeurs, le sang, la sueur. C'est le choc de l'immédiateté, qui, dans la liberté totale des comédiens, peut paraître totalitaire. Mais ce n'est pas une provocation.

"Mettre en scène Macbeth avec des comédiens nus, ce n'est pas une lubie du metteur en scène, mais une idée qui s'est imposée au fil des répétitions. (...) A un moment, nous avons été convaincus que les trois sorcières devaient être nues et par la suite, les choses s'enchaînent  : le mode de narration défini devient pertinent pour l'ensemble de la pièce", explique le scénographe Johannes Schütz. La nudité ne montre pas seulement l'Homme dans sa vulnérabilité, elle traduit le fait qu'il a été chassé du paradis.

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"Mystérieuses et noires larves de minuit, que faites-vous ?" (Macbeth IV,1)

Saturé d'énergie, le théâtre développe ici des images extrêmes, venant dire une chute de Macbeth qui ne lui permet aucun moment de recul. Une fois mise en marche, la spirale du Mal ne s'arrêt plus. La scène nous raconte une retombée dans le temps d'avant la modernité, jusqu'à la présence de sorcières, ces occultes "êtres d'un monde ancien", selon la formule que l'on trouve dans la source de Shakespeare, les Holinshed's Chronicles of England, Scotland and Ireland de 1587. Nous sommes plongés dans un âge de la sorcellerie, un imaginaire sombre qui renvoie toujours à la sexualité et à l'ambivalence démoniaque. Pour les hommes, les sorcières et leur persécution ne représentaient pas seulement un danger effrayant, mais constituaient aussi un spectacle cruellement excitant. Macbeth est livré aux esprits de la nuit, son désir s'enflamme aux vagues prophéties des sorcières, dont il force lui-même, meurtre après meurtre, la réalisation. Chez Shakespeare également, ces démons sont des êtres équivoques, grossiers, vulgaires et brutaux. Jürgen Gosch met donc en scène leur rencontre avec Macbeth sans dissimulation aucune. Avec des outils théâtraux qui ne sont plus simulacres, puisqu'il les présente toujours comme tels, c'est-à-dire instruments de l'imagination. L'art, telle est la devise, doit transgresser également les frontières de la convention. Celles-ci ne sont cependant pas seulement celles de la sauvagerie : régulièrement, la mise en scène parvient à  ménager des pauses à travers des images poétiques, ou révèle par le comique les points faibles de l'humanité. Et lorsque peu avant la fin, Macbeth redresse cette couronne de carton trop grande qui lui glisse sans cesse sur le front, et pressent la libération que lui apportera la mort, une grande partie de la fureur est épuisée.
Un tel théâtre, peut-être, fait mal - mais il ne se résume pas à cet auto-apitoiement élégiaque que l'on rencontre aujourd'hui sur tant de scènes. Il produit son effet avec véhémence, que ce soit par le rejet ou la compréhension, et le plaisir d'une théâtralité complètement trans- parente ; et c'est sans doute la force de cet effet qui a contribué á l'énorme succès de la mise en scène. Invité en 2006 au Theatertreffen de Berlin, où sont présentées les dix mises en scène de théâtre allemand les plus marquantes de la saison, Macbeth a en outre été désigné comme le meilleur travail de mise en scène de l'année. Lors de tournées à Munich, aux Festwochen de Vienne ou dans le cadre du Hollandfestival à Amsterdam également, le spectacle a été plébiscité comme la concrétisation radicale d'une étude précise de la pièce.
Jürgen Gosch, qui après des débuts en Allemagne de l'Est et une carrière mouvementée à l'Ouest est aujourd'hui un des metteurs en scène allemands les plus demandés, en dit la chose suivante : "J'essaie de ne rien éluder. J'appelle sans cesse au désordre, je pousse à des répétitions épuisantes, jusqu'à ce que les comédiens soient éreintés et que leur corps s'impriment dans le texte ". Ailleurs, "Shakespeare est radicalement corporel, loin en amont de toute interprétation. Les comédiens doivent s'y abandonner, sinon il leur manquera l'oxygène nécessaire... cela implique un investissement sans ménagement, vis-à-vis de soi-même également".

Barbara Engelhardt
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Dans la presse
"Macbeth" au poil. Adaptation scatophile mais sobre (et en allemand) à Bobigny. René Solis. 24 février 2007. Libération.
Macbeth. Télérama. 20 février 2007.
Macbeth. Patrick Sourd. Les inrockuptibles. 20 février 2007.
   
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Düsseldorfer SCHAUSPIELHAUS
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Biographie de Jurgen Gosch sur Wikipedia en allemand
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Biographie de Jurgen Gosch sur le site du Goethe Institut en français
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Le monde entier est en scène. Article de Christine Dössel sur Deutschland.online faisant référence à divers metteurs en scène programmés lors des différentes éditions du Festival Le standard idéal.
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Düsseldorfer Schauspielhaus
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