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4 > 25 FEV
2007 |
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10 > 11 FEV 2007 |
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Volksbühne Am Rosa-Luxemburg-Platz,
Berlin Texte Anton Tchekhov Mise en scène Dimiter Gotscheff
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| Spectacle en allemand surtitré |
| Surtitrage Jörn Cambreling |
| Spectacle créé le 19 mars 2006 |

| Durée 2h sans entracte | |
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| La fiche du Festival Le standard idéal 4e édition. | |
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A lire ou relire |
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| Ivanov d'Anton Tchekhov, traduction André Markowicz et Françoise Morvan - Collection Babel | |
| Rencontre | |
| Tchekhov
en Europe avec Dimiter Gotscheff, Arpád Schilling, Patrick Pineau Rencontre animée par Georges Banu en collaboration avec le Goethe Institut Samedi 10 février à 17 h |
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Dans une société dans laquelle l'existence est déterminée par le travail, celui qui en est dépourvu devient vite superflu. Ivanov, l'intellectuel sceptique, l'inactif endetté, fait partie de ces "gens superflus". Son malheur le paralyse. Jeune homme, il sent déjà ses forces disparaître et ne se considère plus que comme une ombre parmi les hommes. Dans un océan de désolation, Tchekhov entraîne une noblesse roublarde, avide de plaisir et d'argent dans la comédie. Au coeur de celle-ci se joue la tragédie d'Ivanov, comme s'il luttait lui-même avant tout pour le droit à célébrer son propre désespoir. Dimiter Gotscheff extirpe de la pièce tout naturalisme : la scène est nue, avant d'être envahie d'un étrange paysage de brouillard. De temps en temps, les personnages sortent des nuages et s'avancent sur la scène, âmes nues ou archétypes grotesques. Tous jouent, tantôt dans le registre de l'identification, tantôt dans celui de la soudaine exagération, une société au bord du gouffre, qui broie l'individu tout en laissant libre cours à la stupidité pragmatique. Ivanov est un psychodrame de l'homme moderne, usé désormais de tant de lucidité. Dans cette mise en scène, oscillant merveilleusement entre grotesque et tragédie, des scènes de vanité amère ou d'opportunisme alerte prennent forme dans les nappes de brouillard. Lorsque celui-ci se déchire, il laisse apparaître comme dans une illusion une troupe de comédiens exceptionnels. Dans cette mise en scène drôle et fine, si naturellement inscrite dans l'Ici et Maintenant, les acteurs réinvestissent le devant de la scène. |
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© Thomas Aurin
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Dimiter
Gotscheff, né en Bulgarie en 1943, s'installe en 1962
à Berlin-Est pour faire des études de vétérinaire.
Au bout d'un an, il opte pour les études théâtrales.
Après avoir été élève et collaborateur
de Benno Besson au Berliner
Ensemble puis à la Volksbühne, il devient l'assistant
de Fritz Marquardt à
l'école de théâtre de Babelsberg. |
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De 1995 à 2000,
Gotscheff travaille comme metteur en scène associé au
Schauspielhaus de Bochum sous
la direction de Leander Haussmann.
Il y met en scène Amphitryon
de Kleist, Dona Rosita la célibataire
de Lorca, Zimmerschlacht
de Martin Walser, Comme il vous plaira
de Shakespeare, Les jours heureux
de Samuel Beckett, La cruche cassée
de Heinrich Kleist, Ashes to
Ashes d'Harold Pinter. |
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| Ses mises en scène sont honorées de nombreux prix : | |
| 1991 : Prix de l'association des critiques à l'Académie des Beaux-Arts de Berlin, élu metteur en scène de l'année par la revue Theater Heute. | |
| 2004 : Invitation au 41ème Theatertreffen de Berlin avec Combat de nègre et de chiens (Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz, 2003) | |
| 2006 : Invitation au 43ème Theatertreffen de Berlin avec Ivanov (Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz, 2005). Prix de la chaîne de télévision 3-Sat dans le cadre du Theatertreffen. | |
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Autrefois, Ivanov a dû être un type fort et fascinant. Un idéaliste qui veut refaire le monde, un esprit politique, soucieux sinon de révolution, du moins de réformes. Aujourd'hui, il est à bout de forces. Maladroitement, il traîne les pieds sur la scène, presque une machine. Un tee-shirt habille encore son corps maigre, mais il porte depuis longtemps des pantoufles. Autour de lui, rien qu'un brouillard flottant. Voilà à quoi ressemble un être qui va s'éteindre, dont l'énergie vitale s'est dissoute, qui n'est plus que l'ombre de lui-même. A peine quarante ans et déjà un vieillard. Sa femme Anna Petrovna meurt lentement de la tuberculose, tandis que la jeune Sacha lui fait la cour, et que s'amoncellent les dettes qu'il contracte auprès de son riche voisin. Mais Ivanov ne voit plus le monde qui l'entoure que comme si tout cela ne le regardait plus. Ultime conséquence d'une société d'abondance : il est las de lui-même. |
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Ivanov (1887) est la deuxième pièce de Tchekhov, et comme pour toutes ses autres pièces, l'auteur veut que celle-ci soit comprise comme une comédie, même si la fin doit être comme un "coup de poing dans la gueule du spectateur", comme il l'écrit dans une lettre. Pas d'atmosphère élégiaque d'une classe sociale dépassée par le temps et totalement figée donc, mais une comédie grotesque. Le metteur en scène Dimiter Gottschef fait apparaître ce noyau et libère un drame de l'âme balançant avec finesse entre tragédie et comédie, qui jette un regard pénétrant sur l'homme moderne. Le sujet dépassé et isolé face à l'abîme de son existence. Face au néant, dans lequel le hasard continue de guider l'existence, pas de volonté humaine. Gotscheff ne célèbre pas l'ennui d'une aristocratie terrienne qui était déjà anachronique du temps de Tchekhov. Au lieu de cela, il révèle avec précision l'incapacité d'agir saisissant tous ceux qui prennent conscience de la catastrophe qu'est leur propre existence. Car Ivanov comprend que sa vie n'a pas de sens. Et nous l'observons dans cette prise de conscience. Autour de lui, nombreux sont ceux qui sont livrés à la stagnation de toute une classe sociale. Mais personne n'est aussi paralysé que lui devant le gouffre d'un monde asocial dans lequel les certitudes sociales, émotionnelles et économiques se sont dissoutes dans le brouillard. Faible, désespéré, Ivanov s'enveloppe tout d'abord dans l'auto-apitoiement. Il joue un temps le jeu d'une société à laquelle ne le lient plus que des habitudes quotidiennes. Mais bientôt, tout ceci ne lui procure plus la moindre distraction. Ivanov sait qu'il est incapable d'opposer quoi que ce soit à la misère humaine, même le cynisme. Mais dans la mise en scène de Gotscheff, il lui manque même l'énergie de son propre suicide. |
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"Ce qui m'intéresse, c'est une réduction jusqu'à la structure", dit le metteur en scène, "une scène vide. Je ne peux pas supporter les espaces naturalistes, c'est pathologique. Celui qui bouleverse l'espace ou le concentre, c'est le comédien. Pour cela il n'a pas besoin d'aide, juste de son corps et de lui-même". Gotscheff extirpe en effet tout naturalisme du texte. Pas de samovar, pas de tasses de thé fumantes, nulle part l'atmosphère d'une grande propriété. La scénographie n'est constituée que des nappes de brouillard dans lesquelles, ici et là, les personnages apparaissent puis disparaissent. Avec conséquence, la mise en scène a également concentré le texte, en a dégagé le coeur et l'a décomposé en fragments grotesques. Ainsi naît un panorama dans lequel les personnages, sur l'avant-scène, viennent régulièrement exécuter leurs amères scènes du déclin et leurs explosions cyniques. La faiblesse des uns prend une dimension grotesque au regard de la fausse activité des autres : Sacha, presque compulsivement amoureuse, qui s'accroche à des hommes, Anna, mourante, qui s'agrippe à la vie et au mari qu'elle a perdu depuis longtemps, Zinaida Savishna, qui s'appuie sur l'illusion de l'argent et du pouvoir ou le jeune et ambitieux Borkine qui trouve le moteur de son existence dans le capitalisme. Désemparé, Ivanov est livré à ces exigences et ces aspirations humaines. Et Samuel Finzi interprète le personnage avec toute l'aliénation qui est la sienne. Il est l'indifférence la plus totale, sans larmoiement ni coquetterie. Il est le mouvement à vide qui précède l'immobilité. Gotscheff ne laisse même pas le dernier mot à son Ivanov : là où le suicide est plus un signe qu'un acte, les mannequins, doubles des personnages, pleuvent du ciel sur la scène. Et Borkine, le jeune administrateur de la propriété, se distingue alors de ces morts-vivants qui l'entourent ; Borkine, qui prend ses distances par rapport à l'ordre social ancien et commence à comprendre le capitalisme naissant, leur survivra. Et avec lui, cette bêtise qui fait capituler avant la lecture du moindre livre, comme le dit le personnage lui-même à la fin de la pièce. Avec la menace d'une inculturation fondamentale, Gotscheff dévoile déjà le prochain abîme. |
Depuis 1985, année où Dimiter Gotscheff est interdit de travail en Bulgarie, il met en scène avec succès en Allemagne. A l'époque, il se fait connaître du jour au lendemain, lorsque Heiner Müller, dans une lettre, loue les qualités de sa mise en scène de Philoctète et écrit : "Lorsque les discothèques seront vides et les académies désertées, on entendra de nouveau le silence du théâtre, qui est au fondement de son langage". Chez Gotscheff, le silence qui règne entre les hommes est perceptible dans ce qu'ils se disent. Ses personnages, aliénés, sont porteurs d'un comique grotesque sans jamais être excentriques ou simplement bruyants. "Le théâtre me semble souvent trop gentillet. Rien n'est douloureux", dit-il. Mais la vérité que Gotscheff attend du théâtre est silencieuse et insupportable. |
| Barbara Engelhardt |
| Site internet de la Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz | |
| Biographie de Dimiter Gotscheff en allemand source : Deutsches theater Berlin | |