Vie et Destin / Dodine / Grossman
Hamlet.ws / Schilling / Shakespeare
Ivanov / Gotscheff / Tchekhov
Im Dickicht der Städt /Castorf/Brecht
Macbeth / Gosch / Shakespeare

4 > 25 FEV 2007
grande salle oleg efremov, petite salle, salle de répétition

10 > 11 FEV 2007
samedi à 20h30, dimanche à 15h30
grande salle oleg efremov

Volksbühne Am Rosa-Luxemburg-Platz, Berlin

Texte Anton Tchekhov

Mise en scène Dimiter Gotscheff
Scénographie Katrin Brack
Musique Sir Henry
Costumes Katrin Lea Tag
Lumières Henning Streck
Dramaturgie Peter Staatsmann

avec Samuel Finzi, Almut Zilcher, Hendrik Arnst, Wolfram Koch, Silvia Rieger, Birgit Minichmayr, Alexander Simon, Marie-Lou Sellem, Winfried Wagner, Milan Peschel, Michael Klobe, Sir Henry.

Production Volksbühne Am Rosa-Luxemburg-Platz

Spectacle en allemand surtitré
Surtitrage Jörn Cambreling
Spectacle créé le 19 mars 2006
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Durée 2h sans entracte
 
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A lire ou relire

Ivanov d'Anton Tchekhov, traduction André Markowicz et Françoise Morvan - Collection Babel
Rencontre
Tchekhov en Europe
avec Dimiter Gotscheff, Arpád Schilling, Patrick Pineau
Rencontre animée par Georges Banu en collaboration avec le Goethe Institut
Samedi 10 février à 17 h
   
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Dans une société dans laquelle l'existence est déterminée par le travail, celui qui en est dépourvu devient vite superflu. Ivanov, l'intellectuel sceptique, l'inactif endetté, fait partie de ces "gens superflus". Son malheur le paralyse. Jeune homme, il sent déjà ses forces disparaître et ne se considère plus que comme une ombre parmi les hommes. Dans un océan de désolation, Tchekhov entraîne une noblesse roublarde, avide de plaisir et d'argent dans la comédie. Au coeur de celle-ci se joue la tragédie d'Ivanov, comme s'il luttait lui-même avant tout pour le droit à célébrer son propre désespoir. Dimiter Gotscheff extirpe de la pièce tout naturalisme : la scène est nue, avant d'être envahie d'un étrange paysage de brouillard. De temps en temps, les personnages sortent des nuages et s'avancent sur la scène, âmes nues ou archétypes grotesques. Tous jouent, tantôt dans le registre de l'identification, tantôt dans celui de la soudaine exagération, une société au bord du gouffre, qui broie l'individu tout en laissant libre cours à la stupidité pragmatique. Ivanov est un psychodrame de l'homme moderne, usé désormais de tant de lucidité. Dans cette mise en scène, oscillant merveilleusement entre grotesque et tragédie, des scènes de vanité amère ou d'opportunisme alerte prennent forme dans les nappes de brouillard. Lorsque celui-ci se déchire, il laisse apparaître comme dans une illusion une troupe de comédiens exceptionnels. Dans cette mise en scène drôle et fine, si naturellement inscrite dans l'Ici et Maintenant, les acteurs réinvestissent le devant de la scène.

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© Thomas Aurin
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Dimiter Gotscheff, né en Bulgarie en 1943, s'installe en 1962 à Berlin-Est pour faire des études de vétérinaire.  Au bout d'un an, il opte pour les études théâtrales. Après avoir été élève et collaborateur de Benno Besson au Berliner Ensemble puis à la Volksbühne, il devient l'assistant de Fritz Marquardt à l'école de théâtre de Babelsberg.
Sa première mise en scène est Weiberkomödie de Heiner Müller à Nordhausen. Suite à l'expulsion de Wolf Biermann, il quitte la RDA en 1979 et retourne en Bulgarie, où il réalise plusieurs mises en scène Le Petit Mahagonny de Brecht,  Leonce et Lena de Büchner,  Emilia Galotti  de Lessing ainsi que plusieurs pièces contemporaines bulgares telles que Lorsque gronde le tonnerre de Jaborov ou Le maximaliste de Stratiev. Il se fait un nom avec sa mise en scène de Philoctète d'Heiner Müller à Sofia en 1983.  Il traduit les pièces de Büchner et Heiner Müller en bulgare.
En 1985, Klaus Pierwoß, directeur du théâtre de Cologne l'invite avec Quartett d'Heiner Müller, qui connaît un grand succès. A partir de cette date, il travaille uniquement à l'Ouest : Bâle, Hanovre, Cologne, Düsseldorf, Bochum, Hambourg et Berlin.
A Cologne, il monte Emilia Galotti de Lessing, Combat de nègres et de chiens de Koltès, Les Troyennes d'Euripide, Mademoiselle Julie de Strindberg, La Mission de Heiner Müller, La Mouette de Tchekhov. A Bâle : Philoctète de Heiner Müller et Oedipe de Sophocle et à Hanovre : Orages d'Ostrovski, La forêt d'Ostrovski et Macbeth de Shakespeare.
Depuis 1990, il travaille régulièrement avec le Schauspielhaus de Düsseldorf  et devient de 1993 à 1996 metteur en scène associé.  Il y présente Carmen Kittel de Georg Seidel, Die schöne Fremde de Klaus Pohl, Leonce et Lena de Büchner, Woyzeck de Büchner, Die vom Himmel Vergessenen d'Ekaterina Tomowas, Un mois à Dachau de Vladimir Sorokin et La cerisaie de Tchekhov, Le projet autour de Heiner Müller : Bruchstücke, frühe und letzte Texte.

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De 1995 à 2000, Gotscheff travaille comme metteur en scène associé au Schauspielhaus de Bochum sous la direction de Leander Haussmann. Il y met en scène Amphitryon de Kleist, Dona Rosita la célibataire de Lorca, Zimmerschlacht de Martin Walser, Comme il vous plaira de Shakespeare,  Les jours heureux de Samuel Beckett, La cruche cassée de Heinrich Kleist, Ashes to Ashes d'Harold Pinter.
Il continue néanmoins à être invité dans les théâtres allemands les plus emblématiques : au Thalia Theater de Hambourg, il monte en 1995 Die Straßenecke de Hans Henny Jahnn, en  2001 Der dritte Sektor de Dea Loher et Electre de Sophocle / au Deutsches Schauspielhaus de Hambourg, en 1997 Germania 3. Spectres du mort-homme d'Heiner Müller, en 1998 Hermès dans la ville de Lothar Trolle, 1999 Lear de Shakespeare / à Bochum Don Quichotte en 1999 / au Schauspielhaus de Graz en 2000 Le Baril de poudre de Dejan Dukovski / au Schauspiel de Francfort en 2000 Viridiana de Buñuel, en 2002 Les Cenci d'Antonin Artaud, en 2003 Platonov de Tchekhov  / au Deutsches Theater de Berlin en 2003 Mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller, GERMANIA.Morceaux d'après des textes d'Heiner Müller, en 2005 Légendes de la forêt viennoise d'Odön von Horváth, en 2006 Volpone de Ben Jonson.
En 2003, il commence à travailler à la Volksbühne, où il met en scène Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, en 2005 Philoctète de Heiner Müller, Ivanov de Tchekhov, en 2006 La grande bouffe d'après le film de Marco Ferreri.

Ses mises en scène sont honorées de nombreux prix :
1991 : Prix de l'association des critiques à l'Académie des Beaux-Arts de Berlin, élu metteur en scène de l'année par la revue Theater Heute.
2004 : Invitation au 41ème Theatertreffen de Berlin avec Combat de nègre et de chiens (Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz, 2003)
2006 : Invitation au 43ème Theatertreffen de Berlin avec Ivanov (Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz, 2005). Prix de la chaîne de télévision 3-Sat dans le cadre du Theatertreffen.
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Autrefois, Ivanov a dû être un type fort et fascinant. Un idéaliste qui veut refaire le monde, un esprit politique, soucieux sinon de révolution, du moins de réformes. Aujourd'hui, il est à bout de forces. Maladroitement, il traîne les pieds sur la scène, presque une machine. Un tee-shirt habille encore son corps maigre, mais il porte depuis longtemps des pantoufles. Autour de lui, rien qu'un brouillard flottant. Voilà à quoi ressemble un être qui va s'éteindre, dont l'énergie vitale s'est dissoute, qui n'est plus que l'ombre de lui-même. A peine quarante ans et déjà un vieillard. Sa femme Anna Petrovna meurt lentement de la tuberculose, tandis que la jeune Sacha lui fait la cour, et que s'amoncellent les dettes qu'il contracte auprès de son riche voisin. Mais Ivanov ne voit plus le monde qui l'entoure que comme si tout cela ne le regardait plus. Ultime conséquence d'une société d'abondance : il est las de lui-même.

Ivanov (1887) est la deuxième pièce de Tchekhov, et comme pour toutes ses autres pièces, l'auteur veut que celle-ci soit comprise comme une comédie, même si la fin doit être comme un "coup de poing dans la gueule du spectateur", comme il l'écrit dans une lettre. Pas d'atmosphère élégiaque d'une classe sociale dépassée par le temps et totalement figée donc, mais une comédie grotesque. Le metteur en scène Dimiter Gottschef fait apparaître ce noyau et libère un drame de l'âme balançant avec finesse entre tragédie et comédie, qui jette un regard pénétrant sur l'homme moderne. Le sujet dépassé et isolé face à l'abîme de son existence. Face au néant, dans lequel le hasard continue de guider l'existence, pas de volonté humaine. Gotscheff ne célèbre pas l'ennui d'une aristocratie terrienne qui était déjà anachronique du temps de Tchekhov. Au lieu de cela, il révèle avec précision l'incapacité d'agir saisissant tous ceux qui prennent conscience de la catastrophe qu'est leur propre existence. Car Ivanov comprend que sa vie n'a pas de sens. Et nous l'observons dans cette prise de conscience. Autour de lui, nombreux sont ceux qui sont livrés à la stagnation de toute une classe sociale. Mais personne n'est aussi paralysé que lui devant le gouffre d'un monde asocial dans lequel les certitudes sociales, émotionnelles et économiques se sont dissoutes dans le brouillard. Faible, désespéré, Ivanov s'enveloppe tout d'abord dans l'auto-apitoiement. Il joue un temps le jeu d'une société à laquelle ne le lient plus que des habitudes quotidiennes. Mais bientôt, tout ceci ne lui procure plus la moindre distraction. Ivanov sait qu'il est incapable d'opposer quoi que ce soit à la misère humaine, même le cynisme. Mais dans la mise en scène de Gotscheff, il lui manque même l'énergie de son propre suicide.

 
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"Ce qui m'intéresse, c'est une réduction jusqu'à la structure", dit le metteur en scène, "une scène vide. Je ne peux pas supporter les espaces naturalistes, c'est pathologique. Celui qui bouleverse l'espace ou le concentre, c'est le comédien. Pour cela il n'a pas besoin d'aide, juste de son corps et de lui-même". Gotscheff extirpe en effet tout naturalisme du texte. Pas de samovar, pas de tasses de thé fumantes, nulle part l'atmosphère d'une grande propriété. La scénographie n'est constituée que des nappes de brouillard dans lesquelles, ici et là, les personnages apparaissent puis disparaissent. Avec conséquence, la mise en scène a également concentré le texte, en a dégagé le coeur et l'a décomposé en fragments grotesques. Ainsi naît un panorama dans lequel les personnages, sur l'avant-scène, viennent régulièrement exécuter leurs amères scènes du déclin et leurs explosions cyniques. La faiblesse des uns prend une dimension grotesque au regard de la fausse activité des autres : Sacha, presque compulsivement amoureuse, qui s'accroche à des hommes, Anna, mourante, qui s'agrippe à la vie et au mari qu'elle a perdu depuis longtemps, Zinaida Savishna, qui s'appuie sur l'illusion de l'argent et du pouvoir ou le jeune et ambitieux Borkine qui trouve le moteur de son existence dans le capitalisme. Désemparé, Ivanov est livré à ces exigences et ces aspirations humaines. Et Samuel Finzi interprète le personnage avec toute l'aliénation qui est la sienne. Il est l'indifférence la plus totale, sans larmoiement ni coquetterie. Il est le mouvement à vide qui précède l'immobilité. Gotscheff ne laisse même pas le dernier mot à son Ivanov : là où le suicide est plus un signe qu'un acte, les mannequins, doubles des personnages, pleuvent du ciel sur la scène. Et Borkine, le jeune administrateur de la propriété, se distingue alors de ces morts-vivants qui l'entourent ; Borkine, qui prend ses distances par rapport à l'ordre social ancien et commence à comprendre le capitalisme naissant, leur survivra. Et avec lui, cette bêtise qui fait capituler avant la lecture du moindre livre, comme le dit le personnage lui-même à la fin de la pièce. Avec la menace d'une inculturation fondamentale, Gotscheff dévoile déjà le prochain abîme.

Depuis 1985, année où Dimiter Gotscheff est interdit de travail en Bulgarie, il met en scène avec succès en Allemagne. A l'époque, il se fait connaître du jour au lendemain, lorsque Heiner Müller, dans une lettre, loue les qualités de sa mise en scène de Philoctète et écrit : "Lorsque les discothèques seront vides et les académies désertées, on entendra de nouveau le silence du théâtre, qui est au fondement de son langage". Chez Gotscheff, le silence qui règne entre les hommes est perceptible dans ce qu'ils se disent. Ses personnages, aliénés,  sont porteurs d'un comique grotesque sans jamais être excentriques ou simplement bruyants. "Le théâtre me semble souvent trop gentillet. Rien n'est douloureux", dit-il. Mais la vérité que Gotscheff attend du théâtre est silencieuse et insupportable.

Barbara Engelhardt
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liens internet
Site internet de la Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz
Biographie de Dimiter Gotscheff en allemand source : Deutsches theater Berlin
 
 
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