ONISME AVEC TROUBLES
JEAN-MICHEL RABEUX
Docteur DEMETRIUS ZAMBACO
 
31 MARS > 27 AVR 2008
du lundi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30, relâche mercredi et jeudi,
salle de répétition
Onanisme avec troubles nerveux chez deux petites filles

d'après Le rapport du Docteur Démétrius Zambaco

 

Adaptation, mise en scène
Jean-Michel Rabeux

Lumières Jean-Claude Fonkenel

avec Claude Degliame

 

Coproduction MC93 Bobigny, La Compagnie

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Informations utiles
Durée 50 minutes
 
Pour réserver ce spectacle :
Réservation en ligne MC93
Billetterie en ligne de la FNAC
Par téléphone : 01 41 60 72 72
du lundi au samedi de 11h à 19h
Pour les relais : 01 41 60 72 78
 
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Le dossier de presse
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Pour en savoir plus : contacts
MC93 Bogigny
1, bd Lénine
93000 Bobigny
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affiche

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A lire ou relire

Démétrius Zambaco
Onanisme avec troubles nerveux chez deux petites filles
Edition Solin
Dans la presse
puce La haine des femmes. Une colère intacte contre les sévices sexuelstoujours d'actualité. Vingt-quatre ans après sa création, Jean-Michel Rabeux remonte Onanisme avec troubles nerveux chedeux petites filles. Fabienne Arvers. Les Inrockuptibles, 15 avril 2008.
puce Retour en arrière sur un plaisir interdit. Muriel Steinmetz. L'Humanité, 14 avril 2008.
puce J’ai pleuré au théâtre
pour la première fois
… par Jeanne C. Les trois coups. 4 avril 2008.
Rencontres
Que montrons-nous à nos enfants ?
Rencontre-débat avec Jean-Michel Rabeux, Claude Degliame
Myriam Marzouki, metteur en scène, agrégée de philosophie ; Christian Fagny, directeur d'école élémentaire ; Thibaut Thupnot et Athéna Seyed Esmail, élèves du Théâtre-Ecole de Pantin.
Mercredi 2 avril à 19 h 30
Le Fil de l’eau - 20, rue Delizy 93000 Pantin - 01 49 15 41 79
Métro Eglise de Pantin
Lecture-rencontre avec Jean-Michel Rabeux
Jeudi 17 avril à 20 h
Librairie lipsy - 15, rue Monge 75005 Paris - 01 43 54 71 05
   
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Publiée en 1882 dans la revue psychiatrique l’encéphale, l’observation clinique du docteur Zambaco raconte très en détail comment il « soigne » le « vice » de l’onanisme féminin considéré par la médecine européenne du xixe siècle comme une maladie dangereuse, voire mortelle. Ce danger justifie à ses yeux l’incroyable violence faite aux deux enfants dont, à la demande des parents, il a la charge thérapeutique. C’est cette violence, née de la coercition, qui est ici au centre du travail de Jean-Michel Rabeux et de Claude Degliame. Violence tranquille du spécialiste imbu de son pseudo-savoir et de ses certitudes. Voyage au bout de l’horreur, voyage fascinant et effrayant que ce récit accomplit, en nous faisant éprouver ce que la certitude, aussi bien scientifique que morale, peut entraîner comme abus.

Jean-François Perrier

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Dès sa deuxième année, en 1882, la très sérieuse revue l’encéphale publiait l’observation utilisée pour ce spectacle. L’encéphale, revue des aliénistes français, avait annoncé dans son premier éditorial que son intérêt principal irait « plus spécialement au traitement des aliénés, trop négligé de nos jours, malgré de louables efforts ». Trente ans plus tard, en 1911, ce même médecin est devenu correspondant de l’académie des sciences, membre associé de l’académie de médecine, commandeur de la légion d’honneur,

Démétrius Zambaco n’est pas fou. Ses procédés thérapeutiques sont reconnus et pratiqués par la psychiatrie de son temps. Et pourtant son « observation » se condamne elle-même. Elle condamne du même coup une certaine forme de psychiatrie. Elle condamne l’ordre moral, quel qu’il soit, mais le nôtre en particulier, celui d’où nous venons, qui laisse sur nous des cicatrices pas tout à fait sèches. Démétrius Zambaco n’est pas fou. Mais s’il ne l’est pas, qui l’est ?

Jean-Michel Rabeux
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Jean-Michel Rabeux s'engagea dans des études de philosophie avant de s'intéresser au théâtre, comme comédien d'abord, puis très vite comme metteur en scène et auteur. Un parcours qui le mène de Racine à Copi traversant l'oeuvre de Molière, Marivaux, Labiche, Durif, Ristat, Pirandello aussi bien que les textes de Sade et de Genet, mêlant classiques et contemporains, revendiquant, à travers cet éclectisme, un théâtre questionneur et décapant. Un théâtre où la puissance des mots, supports de la pensée, de la réflexion, de l'émotion et du désir, n'est rien sans la puissance des corps, exposés non par la volonté de provocation gratuite mais, par la nécessité de faire participer l'éros à la représentation théâtrale sur laquelle plane l'ombre de la mort. Ce théâtre traite des corps sur scène comme le ferait un peintre sur sa toile transfigurant la nudité crue de ses modèles (Rembrandt, Vélasquez, Bacon). Cette préoccupation de la "représentation" du lien intime corps-esprit se retrouve dans l'oeuvre dramatique de Jean-Michel Rabeux de Déshabillages, sa première pièce (1983) à L'Eloge de la Pornographie (1987) en passant par Légèrement sanglant (1991) et Nous nous aimons tellement ou Le Ventre. Il est l'auteur de Les Charmilles et les morts. Toujours un questionnement sur ce que l'on cache ou sur ce qu'il n'est pas convenable de dévoiler, sur le profondément enfoui qui surgit parfois inopinément nous conduisant dans un même mouvement d'un sentiment d'effroi à un troublant éclat de rire.

Depuis 1976, Jean-Michel Rabeux crée régulièrement des spectacles. Ses mises en scène les plus récentes :

2007 Le songe d'une nuit d'été de Shakespeare ; le songe de Juliette (petite forme)
2006 Emmène-moi au bout du monde !...de Blaise Cendrars
2005 Le Sang des Atrides d'après Eschyle
2004 Feu l'amour avec trois pièces de Georges Feydeau : On purge bébé, Léonie est en avance, Hortense a dit 'j'm'en fous'; Ne te promène donc pas toute nue.
2003 Déshabillages (Comédie Mortelle) de Jean-Michel Rabeux
2001-2002 Arlequin poli par l'amour de Marivaux, mise en scène de Jean-Michel Rabeux et Sylvie Reteuna ; L'Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer de Copi
2000 Le Labyrinthe de Jean-Michel Rabeux et Sylvie Reteuna
1999 Meurtres hors champ d'Eugène Durif
1998-1999 Les Enfers Carnaval de Jean-Michel Rabeux
1997 Le ventre de Jean-Michel Rabeux ; Tentative de Pieta d'après L'Ennemi déclaré de Jean Genet ; Nous nous aimons tellement de Jean-Michel Rabeux

En juin 2006, il crée TRANS... qui "n'est pas un festival, mais une fête" au Théâtre du Chaudron. Des metteurs en scène qu'il aime présentent leurs spectacles pendant deux semaines. Une façon pour lui de faire la preuve que la TRANSmission s'opère dans notre art.

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CLAUDE DEGLIAME

Au théâtre, elle a joué avec Claude Régy Les gens déraisonnables sont en voie de disparition et Par les villages de Peter Handke, La Trilogie du revoir et Grand et petit de Botho Strauss, Elle est là de Nathalie Sarraute ; avec Bruno Bayen Les Fiancées de la Banlieue et Faut-il choisir pour rêver ? ,textes de Bruno Bayen ; avec Jacques Lassalle L'Heureux stratagème de Marivaux, Emilia Galotti de Lessing, Le Misanthrope de Molière ; avec Antoine Vitez L'Echange de Paul Claudel ; avec Philippe Adrien Les Bacchantes; d'Olivier Py L'Apocalypse Joyeuse.
Depuis toujours, elle travaille avec Jean-Michel Rabeux La Fausse suivante de Marivaux, Onanisme avec troubles nerveux chez deux petites filles, L'Eloge de la pornographie, Légèrement sanglant, Les Charmilles, Nous nous aimons tellement (textes écrits par Jean-Michel Rabeux), Ce qui est resté d'un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers et foutu aux chiottes de Jean Genet, Phèdre de Jean Racine, L'Amie de leurs femmes de Pirandello. L'Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer de Copi, Déshabillages (Comédie mortelle) de Jean-Michel Rabeux, Feu l'Amour ! d'après trois pièces de Georges Feydeau, Le Sang des Atrides d'après Eschyle, et dernièrement Emmène-moi au bout du monde... ! de Blaise Cendrars. Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. Elle a mis en scène et joué Phèdre de Jean Racine. Elle intervient régulièrement au Conservatoire National d'Art Dramatique de Montpellier.

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L’oblitération absolue du sens moral doit être aussi signalée d’une manière spéciale. En effet, lorsque les deux enfants étaient saisies du désir ardent de se masturber, elles ne se souciaient nullement des convenances et des présents ! Elles se livraient, sans rougir, à leurs manœuvres dévergondées devant les passants et les domestiques. Si, à ce qui précède, on ajoute les hallucinations maintes fois présentées on acquiert toute certitude que les troubles psychiques ont été profonds chez elles.
Démétrius Zambaco
Ce que je me propose de faire aujourd’hui, c’est de citer dans tous ses détails un cas fort curieux d’onanisme chez deux petites filles en bas âge, vice que je n’ai pu extirper radicalement, malgré les moyens les plus variés, et parfois les plus violents, que j’ai mis en usage.
Démétrius Zambaco
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Raconter l’irracontable.
J’ai trouvé ce texte par hasard. Un article dans « le monde » en rendait compte. Je l’ai acheté. Je l’ai lu. J’ai jeté le livre à travers la pièce. Pour mettre en scène des textes qui n’ont rien à voir avec le théâtre, il faut une raison forte. J’en avais une : la haine. En allant rechercher le livre par terre, je me suis dit que je ferai un spectacle avec ça, ma haine. La tranquillité clinique du Docteur Zambaco, sa certitude presque souriante qui le mène aux plus violents sévices, me semble être à peu près le pire de ce qu’a engendré notre culture.
Claude Degliame et moi avons mis deux ans pour trouver comment ce pire pouvait se dérouler devant des spectateurs. En tâtonnant nous avons inventé une sorte de personnage, un fantôme, un ersatz : une des deux petites filles martyrisées qui, des années plus tard, vient raconter cette histoire irracontable. Nous avons inventé une situation : elle parle au public, timidement, délicatement, avec difficulté, comme elle parlerait à un aréopage médical, ou à ses enfants qu’elle n’a pas eu, ou à ses codétenues d’un hôpital psychiatrique, ou à des morts comme elle. Ceci est laissé libre. Elle est tout près des gens, au milieu d’eux, dans la même lumière. La « magie » du théâtre n’est pas utilisée. Ses mots sont ceux du docteur Zambaco. Plus quelques-uns des miens, accolés. Pour permettre à Claude, et aux autres à qui elle parle, de reprendre souffle, de dialoguer avec le texte : on ne dialogue pas avec Zambaco.
Nous avons joué ce spectacle déjà. Et puis Claude n’a plus voulu, ou n’a plus pu. Les cauchemars, les fous rires. Enfin, plus tard, beaucoup plus tard, l’envie – mystérieuse – d’y revenir. Pourquoi ? Pour que ce soit dit. Pour que ça ne sombre pas dans l’oubli. Pour que ça ne recommence pas, que ça cesse. Avez-vous vu shoah ? Ce coiffeur de shoah, rescapé des camps, qui raconte l’inimaginable et qui soudain se tait, ne peut plus. Et Lanzmann qui lui dit doucement : « continuez, vous savez qu’il faut continuer à raconter ». Après un temps,
Très long, terrible, il continue. Claude continue, c’est son métier.

Jean-Michel Rabeux, texte écrit en 1988
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Revenir sur ses pas
Nous avons joué ce spectacle, qui est très léger dans sa forme, très court et très simple de compréhension, dans toutes sortes d’endroits, en plus des théâtres, de la salle de classe aux foyers de personnes âgées. Personne, du moins que l’on sache, n’avait vécu l’enfer que démétrius Zambaco fait subir aux deux petites filles qu’il « traite ». Mais beaucoup, beaucoup de spectateurs, jeunes ou vieux, venaient nous dire avoir subi une mise en ordre d’eux-mêmes dont le texte devenait la métaphore. Et parfois, pour nous le dire, ils retenaient leurs larmes en riant.
Si la médecine européenne ne cautérise plus les sexes des enfants, la vie sociale continue, elle, à brûler au fer rouge nos cerveaux, à certains endroits secrets. Peut-être de plus en plus. Nous avons trouvé ce texte grâce à sa publication critique par ce qu’on appelait, à l’époque, des anti-psychiatres, à présent il n’y a plus d’anti-psychiatrie parce qu’il n’y a plus beaucoup de psychiatrie non plus, on s’est chargé de lui ôter ses moyens. Et sans doute ce texte ne s’exhumerait-il plus aujourd’hui. Quelque chose de lui est redevenu normal dans l’air sécuritaire ambiant, comme lorsqu’il a été écrit, vers 1870.
Beaucoup de gens, hier comme aujourd’hui, veulent notre bonheur, notre santé, notre propreté, notre sécurité. Ils y tiennent absolument, ils sont sûrs et certains de leurs solutions pour y parvenir. Ils veulent que nous soyons eux, que nous soyons des eux-mêmes, des identiques, des clones, et heureux de l’être. Ils veulent nous persuader que nous même, c’est du malpropre, du danger, du ridicule. Pour ce faire, nous persuader, ils utilisent des moyens puissants, ça s’appelait, ça s’appelle toujours, la vie éternelle, avec enfers et paradis, ça s’appelait le péché, ça s’appelle la santé publique, ça s’appelle la télé mentale, ça s’appelait l’excommunication, ça s’appelle la mise au ban, ça s’appelle la justice, je veux dire le judiciaire, enfin, ça porte plein de noms, mais ça veut nous persuader que notre bien est le leur, que leur bien est le nôtre.
Démétrius Zambaco était sûr et certain que la masturbation était dangereuse, voire mortelle, pour les enfants, il en avait toutes les preuves scientifiques, tellement de preuves, cliniques, symptomatiques, physiologiques, que la question ne se pose jamais à lui, simplement la question. La masturbation est-elle, oui ou non, dangereuse pour les enfants ? La question aurait suffi, le doute aurait suffi, pour que la torture cesse.
Il est inutile d’insister, je crois que c’est transparent, sur l’envie qui nous a poussé à reprendre ce spectacle, qui est une dénonciation de la certitude, scientifique en l’occurrence, si on ose dire scientifique, mais aussi bien la dénonciation de toute forme de certitude : morale, politique, religieuse, mentale, civique, économique, écologique, médicale, que sais-je.
ILS ont la certitude, ceux qui veulent notre bonheur d’aujourd’hui, que les lois du marché font le bonheur de l’humanité, ils en sont sûrs, aussi sûrs que pol pot était sûr de je ne sais pas quoi, qui voulait ressembler à l’inverse. Enfer contre enfer, lequel tu préfères ? Ils sont sûrs que les délinquants sexuels, puisqu’il s’agit plus précisément de ça ici, sont des délinquants sexuels, que se masturber sur des fantasmes doit être illégal, puisque c’est criminel, puisque c’est génétique, puisque c’est dangereux pour le bonheur de nos enfants. Pour le bonheur de nos enfants ils poursuivent en justice nos enfants qui jouent au docteur, ils condamnent en justice des enfants qui ont des « rapports sexuels » entre eux. C’est comme ça, tous les jours que dieu fait, personne ne s’en émeut. Ils nous ont persuadés que c’était pour le bien de nos enfants, nous en sommes sûrs,
Les enfants en sont sûrs et commencent à bien savoir s’en servir, dans les écoles, pour terroriser les profs.

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Qui sont-ils ces ILS ? Ils sont NOUS.
C’est une impression étrange d’être saisi, vingt ans après, par le même sentiment de haine qui nous avait poussé, Claude Degliame et moi, à mettre en scène ce texte insupportable. Comme si rien n’avait bougé. Tout a bougé, mais dans le mauvais sens. Je suis d’une génération où l’on croyait que l’humanité allait vers un mieux, où l’on luttait pour ça, la femme est l’avenir de l’homme, l’ouvrier rejette ses chaînes pour la liberté de tous, l’internationale libérera tous les peuples du monde. Et puis l’avenir de l’homme s’est transformé en Ségolène Royal, l’ouvrier en flic corporatiste, et nos luttes pour l’iran libre en ce que l’on sait. Nos pensées ont toutes donné lieu au pire, ou à peu près. Nous voulions la liberté des corps en 68, et nous avons créé un corps social d’une violence inouïe contre les individus, leurs failles, leurs manques, leur humanité, quoi.
Aujourd’hui on est en danger, certes, mais d’être un être humain, c’est-à-dire faillible. Seul l’infaillible est devenu normal. Nous devons être parfaits. Et nos imperfections se voient très bien, elles sont surexposées, puisque nous nous sommes donné des moyens de tout voir. L’intérieur de nos âmes est livré aux caméras de toutes sortes pour être réglementé, jaugé, paramétré, moqué, ridiculisé, toute différence est immédiatement ridiculisée, quand elle n’est pas punie de prison.
Il s’agit d’une violence blanche, propre, lisse, démocratique, d’une violence votée, une violence libre, effroyable, d’une puissance peut-être jamais atteinte au cours de notre histoire. Certes le sang coule moins, en France tout au moins, mais il est avantageusement remplacé par celui qui se déverse en litres tout les soirs que la télé fait, le sang explosé du monde entier se déverse devant nos yeux blasés ou écarquillés, ou fermés serrés, ou aux pupilles crevées pour pouvoir continuer à vivre, s’aveugler pour pouvoir continuer à vivre. Ça se fait beaucoup en ce moment, l’aveuglement, les sectes prolifèrent, les religions redressent leurs têtes d’inquisiteurs avec prétention à la vérité intégrale, le people remplace le politique, le fait-divers aussi, la compassion tient lieu de pensée, l’art c’est l’art de paraître. Youpi.
Certes on ne torture plus au fer rouge, on ne dresse plus de gibet sur la douce terre de France, non, non, c’est tout le temps, le gibet, en chacun de nous, quand on s’assoit au volant, quand on s’assoit à table, qu’on se couche pour aimer, qu’on s’assoit au café, qu’on se lève le matin pour un chômage, pour un travail, impitoyables. Pour notre bonheur, qui est le leur, ils nous veulent impitoyables les uns aux autres, et on est d’accord, on est tous d’accord que le prof qui gifle doit se faire virer, que le salaud qui conduit après avoir bu doit se retrouver en taule, pas soi, soi on n’a pas bu, on a juste un petit coup dans l’aile, mais l’autre, le salopard, celui qui va écraser un de nos enfants, prison ferme. Quand tous les salopards seront en prison, enfin ils auront réussi. Leur monde sera PROPRE, PRODUCTIF. Et nous on sera morts.
Jean-Michel Rabeux, février 2008

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Jean-Michel Rabeux. Biographie sur Théâtre-contemporain.net.
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